Depuis que je me suis installée à Bordeaux, j’ai appris à recréer les saveurs de mon Mexique natal avec ce que je trouve au marché. Le chicharrón preparado, ce snack croustillant qui embaume les rues de Mexico, je le prépare désormais dans ma cuisine bordelaise. Cette couenne de porc frite jusqu’à devenir aussi légère qu’une chips, garnie de chou croquant et de légumes marinés, c’est tout simplement addictif. La recette demande de la patience, mais le résultat en vaut largement la peine. Je vous montre comment réussir ce plat emblématique de la street food mexicaine, même loin de Guadalajara.
Temps de préparation : 30 minutes
Temps de cuisson : 1h30 + 8h de déshydratation
Nombre de portions : 8 portions
Ingrédients
Pour le chicharrón de base
- 700 g de couenne de porc (poitrine avec la peau, pas trop grasse)
- 2 cuillères à soupe de vinaigre blanc
- 1 cuillère à café de sel
- ¼ cuillère à café de poivre noir
- Huile de friture (quantité suffisante pour l’immersion)
Pour la version complète façon Mexico (optionnel)
- 800 g de cueritos de porc marinés (couennes en escabèche)
- 1000 g de chou blanc râpé finement
- 1 concombre coupé en petits cubes
- 2 tomates en fines tranches
- 1 avocat en tranches
- 2 citrons verts
- Sauce piquante (valentina, tabasco ou autre)
Pour la marinade maison (escabeche)
- 200 g de carottes coupées en rondelles
- 2 gousses d’ail émincées
- 30 g d’huile végétale
- 30 g d’oignon haché
- 300 g de vinaigre blanc
- 3 grains de poivre noir
- 2 cuillères à soupe de sel
- 1 cuillère à soupe d’origan séché
- 3 feuilles de laurier
- 2 piments serranos épépinés
- 300 g d’eau
Préparation
Première étape : la cuisson initiale
La base d’un bon chicharrón commence par une cuisson lente et patiente. Je coupe la poitrine de porc en tranches épaisses de 5 mm à 1 cm, en conservant impérativement la couenne. Cette peau est l’âme du plat, c’est elle qui deviendra croustillante après transformation.
Avant toute chose, je nettoie méticuleusement la couenne. À Guadalajara, ma grand-mère passait la peau au-dessus d’une flamme pour brûler les derniers poils. Ici, j’utilise une pince à épiler ou un bon couteau pour les retirer un à un. Je vérifie aussi qu’il ne reste pas de cartilage dur qui gênerait la texture finale.
Je plonge ensuite les morceaux dans une grande casserole d’eau bouillante. La cuisson dure entre 1h et 1h30, jusqu’à ce que la viande soit parfaitement tendre. On doit pouvoir la transpercer facilement avec une fourchette. Cette étape est fondamentale : elle permet d’attendrir les fibres et de préparer la couenne à sa transformation magique.
Deuxième étape : le marinage et le séchage initial
Une fois les morceaux cuits, je les égoutte soigneusement dans une passoire. Pendant qu’ils sont encore tièdes, je les arrose généreusement de vinaigre blanc. Ce n’est pas qu’une question de goût : le vinaigre aide à sécher la peau et lui donne cette acidité caractéristique qui contrebalance le gras du porc.
Je sale et poivre ensuite chaque morceau, en frottant bien les assaisonnements dans la chair et sur la peau. Mes mains doivent sentir le vinaigre et les épices, signe que j’ai bien imprégné la viande.
Je dispose les morceaux sur une grille placée au-dessus d’une plaque (pour récupérer le liquide qui s’écoulera). Direction le réfrigérateur pour 2 heures minimum. L’air froid et sec du frigo commence le processus de déshydratation. Si j’ai le temps, je peux même prolonger cette étape jusqu’à 4 heures.
Troisième étape : la déshydratation complète
C’est l’étape la plus longue, mais aussi la plus importante. Après le passage au frigo, je retire la couche de graisse sous-cutanée à l’aide d’une cuillère. Cette graisse blanche et molle se détache facilement une fois que la viande a refroidi. Je la conserve dans un bocal : elle servira pour d’autres recettes.
À Guadalajara, on laisse sécher le chicharrón au soleil pendant une journée entière. À Bordeaux, le climat ne s’y prête pas toujours, alors j’utilise mon four. Je précauffe à 70°C (pas plus, sinon la viande cuit au lieu de sécher) et j’y place les morceaux sur une grille pendant 8 heures.
Le résultat attendu ? Des morceaux complètement secs, rigides comme du carton, presque translucides à certains endroits. Si on les plie, ils doivent se casser net. C’est ce qui garantira le croustillant parfait à la friture.
Quatrième étape : la friture magique
Le moment le plus spectaculaire arrive. Je découpe les morceaux séchés en lanières ou en petits rectangles d’environ 4 cm sur 2 cm. Attention à ne pas les faire trop grands, sinon ils ne gonfleront pas uniformément.
Je chauffe l’huile dans une friteuse ou une grande casserole. La température idéale se situe autour de 180°C. Pour tester, je jette un petit morceau : s’il remonte immédiatement en grésillant, c’est bon.
Je fais frire les morceaux deux par deux, jamais plus. En seulement 20 secondes, la magie opère : la couenne gonfle comme un ballon, devient dorée et remonte à la surface en flottant. C’est fascinant à regarder. Je les retourne une fois pendant la cuisson pour qu’ils gonflent uniformément.
Je sors chaque chicharrón avec une écumoire et je le dépose sur du papier absorbant. Il faut agir vite : au-delà de 20 secondes, la peau brûle et devient amère. Le timing est essentiel.
Cinquième étape : le montage façon Mexico
Pour la version complète que je servais dans mon food truck à Guadalajara, je prépare d’abord la marinade escabeche. Je fais revenir l’oignon et l’ail dans l’huile, j’ajoute les carottes, puis je verse le vinaigre, l’eau et tous les aromates. Je laisse mijoter 15 minutes. J’y plonge ensuite les cueritos (couennes précuites qu’on trouve dans les épiceries mexicaines, ou que je prépare moi-même) et je laisse mariner au moins 2 heures.
Au moment de servir, je prends une grande plaque de chicharrón croustillant (que j’ai frit en un seul grand morceau si possible). Par-dessus, je dispose généreusement le chou blanc râpé très finement, les cueritos marinés égouttés, les cubes de concombre croquant, les tranches de tomate juteuse et les lamelles d’avocat onctueux.
J’arrose le tout de jus de citron vert fraîchement pressé et je termine avec quelques traits de sauce piquante. À Mexico, on utilise de la salsa valentina ou de la chamoy. Le contraste est sublime : le croustillant du chicharrón, le croquant du chou et du concombre, la fraîcheur de la tomate et de l’avocat, l’acidité des cueritos marinés et du citron, le piquant de la sauce. Chaque bouchée est une explosion de textures et de saveurs.

Le chicharrón est-il bon pour la santé ?
Soyons honnêtes : le chicharrón preparado n’est pas un plat diététique. Avec environ 722 calories par portion dans sa version complète, dont 18 grammes de lipides, c’est un aliment riche qu’on déguste avec plaisir mais sans excès.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une portion contient 44,5 grammes de protéines, ce qui est excellent, mais aussi 2 153 milligrammes de sodium, soit presque la totalité de l’apport quotidien recommandé. Le taux de graisses saturées atteint 37,5 grammes pour l’ensemble du plat, ce qui n’est pas négligeable.
Les aspects positifs : Le chicharrón apporte une bonne dose de protéines et, dans sa version garnie de légumes, offre une quantité impressionnante de fibres (près de 48 grammes par portion grâce au chou et aux légumes). Le collagène présent dans la couenne de porc est bénéfique pour la peau et les articulations. Les légumes ajoutés (chou, concombre, tomate, avocat) augmentent l’apport en vitamines et minéraux.
Les aspects à surveiller : La friture ajoute des calories et des graisses. Le sel utilisé dans la préparation et la marinade fait grimper la teneur en sodium. La viande de porc, bien que savoureuse, reste une viande grasse qu’il faut consommer avec modération.
Dans ma famille à Guadalajara, on mangeait le chicharrón lors d’occasions spéciales ou le dimanche après-midi. Jamais tous les jours. Je recommande la même approche : considérez ce plat comme une gourmandise occasionnelle, un plaisir qu’on s’offre de temps en temps.
Pour une version plus légère, on peut privilégier les morceaux avec moins de gras, augmenter la proportion de légumes, ou même opter pour du chicharrón de poulet, moins calorique. À Bordeaux, j’ai aussi testé une cuisson au four à air chaud qui nécessite moins d’huile, même si le résultat n’est pas tout à fait identique.
Que mettre sur les chicharrones ?
La beauté du chicharrón, c’est sa polyvalence. Seul, il est déjà délicieux comme snack croustillant. Mais les possibilités d’accompagnement sont infinies, et chaque région d’Amérique latine a ses préférences.
Les garnitures classiques mexicaines : À Mexico, la version que je préfère reste celle avec le chou râpé finement, presque comme une salade de chou crémeuse. J’ajoute des cueritos marinés pour l’acidité, du concombre pour la fraîcheur, de l’avocat pour l’onctuosité. Le citron vert est indispensable : son jus réveille tous les goûts. La sauce piquante (valentina, tapatio ou une salsa maison) apporte le piquant qui fait danser les papilles. Certains ajoutent aussi des cacahuètes grillées pour encore plus de croquant.
Les sauces qui subliment : Le guacamole maison est mon accompagnement favori quand je reçois des amis français. Sa texture crémeuse contraste parfaitement avec le croustillant du chicharrón. La salsa verde à base de tomatillos apporte une acidité vive et herbacée. La crema mexicana (ou de la crème fraîche légèrement salée) adoucit l’ensemble. Pour les amateurs de piquant, je prépare une salsa de chile de árbol avec des tomates rôties, de l’ail et du vinaigre.
Les accompagnements innovants : Dans les tacos, le chicharrón haché remplace la viande pour une version ultra-croustillante. Je le mets aussi dans les quesadillas avec du fromage Oaxaca qui fond. Émietté sur une soupe de haricots noirs, il ajoute une texture irrésistible. Certains restaurants modernes à Guadalajara le servent même sur une salade composée, avec une vinaigrette au citron et au miel.
La version street food complète : Quand je veux vraiment impressionner, je sers le chicharrón comme on le fait dans les stands de rue de Mexico. Je prends un grand morceau croustillant, je le casse en morceaux irréguliers, je les dispose dans une assiette creuse. Par-dessus, je verse généreusement le chou, les légumes, puis j’ajoute des rondelles de radis croquants, des chips de maïs émiettées, du jicama (si j’en trouve) coupé en bâtonnets, et je termine avec une bonne dose de sauce chamoy et de tajín (ce mélange de piment, sel et citron déshydraté qu’on trouve dans les épiceries latinos).
Les variations régionales : Au Venezuela, on sert le chicharrón nature avec des arepas et de l’avocat écrasé. Au Pérou, il accompagne le ceviche ou se déguste avec du maïs grillé. En Colombie, on le trouve dans la bandeja paisa, servi avec des haricots rouges, du riz, et un œuf au plat. Chaque pays a réinventé ce classique à sa façon.
Le secret, c’est de jouer sur les contrastes : quelque chose de frais contre le gras, quelque chose d’acide contre le salé, quelque chose de doux contre le piquant. Le chicharrón est une toile vierge qui accepte toutes les créativités culinaires.